Communiqué de Presse

La Cour supérieure de l’Ontario confirme la partialité de l’audit de l’ARC mais retarde la justice pour l’Association musulmane du Canada.

Toronto, ON, le 14 septembre 2023 – Une décision récente de la Cour supérieure de l’Ontario marque une reconnaissance importante dans la lutte en cours contre l’islamophobie systémique, reconnaissant le traitement différentiel et biaisé auquel l’Association musulmane du Canada (MAC) a été confrontée pendant l’audit de l’Agence du revenu du Canada (ARC). Cependant, la décision du tribunal d’autoriser l’ARC à continuer de mener des vérifications comportant des pratiques préjudiciables, sans contrôle et sans conséquence, soulève de profondes inquiétudes pour la communauté musulmane et le secteur caritatif dans son ensemble.

Bien que le tribunal ait reconnu l’approche partiale de l’ARC dans l’audit de MAC, il n’est pas parvenu à fournir une solution, citant le processus administratif incomplet de la vérification. La décision du tribunal de retarder la justice est préjudiciable aux musulmans canadiens, tant sur le plan émotionnel que financier. En tant que telle, la décision risque d’éclipser l’essence même de la Charte canadienne des droits et libertés, qui constitue une garantie des droits individuels contre les excès de l’État et un pouvoir discrétionnaire illimité. Cette décision ne reflète pas les expériences et les témoignages d’innombrables organismes de bienfaisance canadiens dirigés par des musulmans qui ont été touchés par les audits partiaux de l’ARC.

La contestation fondée sur la Charte a été initialement déposée par le MAC en avril 2022 et a ensuite été entendue devant le tribunal un an plus tard, en avril 2023. La contestation vise à répondre à la question profondément préoccupante de savoir si la vérification de l’ARC et les méthodes d’évaluation des risques de financement du terrorisme posés par les organismes de bienfaisance musulmans sont enracinées dans l’islamophobie systémique et violent les droits garantis par la Charte. Il s’agit notamment de l’article 2(a) concernant la liberté de religion, de l’article 2(b) sur la liberté d’expression, de l’article 2(d) relatif à la liberté d’association et de l’article 15 qui traite des droits à l’égalité.

 « La décision du tribunal est non seulement erronée sur le plan juridique, mais elle s’écarte également de l’engagement de longue date des tribunaux à protéger les droits de tous les Canadiens. Lorsque l’État va trop loin et que les droits des Canadiens sont bafoués, une intervention rapide n’est pas seulement une option, c’est une obligation. Malheureusement, le tribunal a perdu de vue ce principe fondamental », a déclaré Geoff Hall, avocat chez McCarthy Tétrault LLP qui représente MAC dans la contestation fondée sur la Charte. « Il est profondément troublant que le tribunal accepte tacitement la prémisse selon laquelle les musulmans canadiens peuvent être considérés comme un risque pour la sécurité nationale. Plus de musulmans ont été tués au Canada par des nationalistes blancs avoués que dans tout autre pays occidental. Pourtant, nous n’accepterons jamais que les « blancs » constituent un risque inhérent pour la sécurité et méritent d’être ciblés dans le cadre d’une enquête. »

 « La décision du tribunal de reconnaître les préjugés inhérents à l’égard de la communauté musulmane dans l’audit confirme nos préoccupations de longue date. Cela souligne le besoin urgent d’une réforme », a déclaré Sharaf Sharafeldin, président-stratégie de MAC. « Cependant, nous sommes déçus par le choix du tribunal de ne pas s’attaquer immédiatement à ces violations, permettant ainsi à ces violations des droits de notre communauté de persister indéfiniment. Nous restons déterminés à poursuivre la justice et à garantir que les droits des musulmans canadiens soient respectés.

Le juge Koehnen a mis en lumière la façon dont l’ARC devrait aborder ses relations avec MAC et, plus largement, avec les organisations religieuses.

  1. Les raisons invoquées par la Division d’examen et d’analyse (RAD) pour sélectionner MAC pour un audit pourraient ne pas étayer des conclusions d’audit défavorables à l’égard de MAC.
  2. Au lieu de mener un examen ciblé sur le financement du terrorisme, l’ARC a orienté la vérification vers des domaines sans rapport avec son objectif déclaré.
  3. Le tribunal a reconnu la distinction faite par MAC entre l’idéologie religieuse des Frères musulmans et le soutien à une organisation des Frères musulmans à l’étranger, établissant un parallèle avec la distinction entre le christianisme en tant que foi et les partis démocrates-chrétiens dans certains pays européens.
  4. L’approche de l’ARC à l’égard du MAC, en particulier en ce qui concerne ses activités pour les enfants et les jeunes et l’utilisation de la propriété, présente un traitement clairement différent par rapport aux autres communautés religieuses. Le tribunal a émis des doutes quant à savoir si l’ARC sanctionnerait de la même manière les organismes de bienfaisance chrétiens ou juifs.
  5. Concernant les célébrations de l’Aïd ciblées par l’ARC, le tribunal a estimé que l’aspect social fait partie intégrante de la cérémonie religieuse, afin de favoriser un sentiment de communauté. Le tribunal a jugé peu plausible que l’ARC révoque le statut d’un organisme de bienfaisance chrétien pour avoir organisé des fêtes de Noël ou de Thanksgiving, ou qu’elle conteste un organisme de bienfaisance juif pour avoir organisé des dîners de Seders ou de Succoth pour les nouveaux arrivants.
  6. Le tribunal a reconnu qu’en tant qu’organisation religieuse, MAC offre une orientation sociale et favorise un sentiment de communauté dans sa mission de promotion de la religion, et va au-delà de la simple doctrine religieuse et ceci est essentiel au bien-être des Canadiens et à leur intégration dans la société canadienne.
  7. Le tribunal a reconnu que les violations de la Loi de l’impôt sur le revenu identifiées lors de l’audit de MAC sont mineures et a suggéré que des conclusions similaires, si elles étaient observées dans des organismes de bienfaisance juifs ou chrétiens, n’entraîneraient pas de révocation ou de sanctions.

Nous nous attendons à ce que le point de vue du tribunal soit respecté et pris en compte par l’ARC lorsqu’elle finalisera les résultats de sa vérification.

Préoccupations concernant un certain nombre de positions adoptées par la Cour :

  1. La décision semble limiter la capacité des Canadiens à contester les violations de leurs droits garantis par la Charte en autorisant le recours aux tribunaux seulement une fois que tous les appels administratifs ont été épuisés, plaçant ainsi les Canadiens à la merci d’une éventuelle action gouvernementale biaisée. Si les tribunaux s’en remettent systématiquement aux agences administratives jusqu’à ce que ces agences aient terminé leurs processus, cela accorde une latitude importante aux agences.
  2. La décision du tribunal ne tient pas compte des ressources limitées avec lesquelles la plupart des organismes de bienfaisance canadiens fonctionnent et peut avoir un impact négatif important sur le secteur dans son ensemble.

L’ARC ne devrait pas recevoir le « feu vert » pour mener ses opérations comme elle l’entend, même si cela implique des préjugés ou une discrimination potentielle à l’égard de certains groupes ou entités. Compte tenu du nombre de préjugés identifiés dans la décision de cette cour, le gouvernement a l’obligation d’intervenir afin de remédier aux préjugés systémiques au sein de l’ARC et de travailler à rétablir la confiance dans cette agence.

Nous croyons en la force de notre cause et poursuivrons notre cheminement juridique pour garantir que les préjugés sous toutes leurs formes, en particulier ceux enracinés dans les pratiques institutionnelles, soient mis en lumière et traités. C’est pourquoi nous réfléchissons à la meilleure voie à suivre, y compris la possibilité de faire appel de la décision.

Pour les demandes des médias, veuillez contacter :

communications@macnet.ca

À propos de l’Association musulmane du Canada

L’Association musulmane du Canada (AMC) est une organisation caritative canadienne, indépendante, nationale, confessionnelle, qui offre des espaces, des services et des programmes d’éducation holistique et de développement personnel aux musulmans canadiens. MAC se concentre sur la construction de communautés et le renforcement des quartiers à l’échelle nationale, grâce à des services et des collaborations avec des groupes de différentes origines religieuses, ethniques et raciales. MAC a des sections dans 13 grandes villes du pays, ainsi que 20 mosquées et centres communautaires, 30 écoles et garderies à temps plein et à temps partiel. Au total, MAC dessert plus de 150 000 membres de la communauté partout au Canada.

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